Réflexions covidiennes
Réflexions covidiennes
vendredi, 17 avril 2020

Par Réjean Bédard

Il y a des millions d’années que les humains ont acquis l’usage de leurs mains.

Tous les archéologues et les anthropologues reconnaissent que cet acquis a été déterminant pour notre évolution en tant qu’espèce.  Nous, les humains, avons pu, grâce à nos mains, fabriquer des outils qui nous ont permis de développer l’agriculture, de construire des abris de plus en plus sophistiqués bref de contrôler la nature et de nous élever tout en haut de la chaîne alimentaire.

Cela est reconnu, mais il nous arrive de l’oublier collectivement.

Nous avons une forte tendance à penser que notre monde, celui que nous habitons au 21e siècle, doté de tous les conforts, de tous les possibles en termes de communication, de progrès médicaux et technologiques… bref de tout ce qui ferait que nous nous distinguions des autres espèces, que toutes ces choses nous proviennent essentiellement de notre capacité à réfléchir.

Ce n’est pas faux.  Mais ce n’est pas tout.  Nous nous en rendons de plus en plus compte «grâce» à cette pandémie.

Notre société prend subitement conscience que tous les penseurs, les intellectuels, les artistes, les économistes, les politiciens, les journalistes, les hommes/femmes d’affaire… bref ceux et celles qui étaient nos élites, ceux que l’on admirait, que l’on payait grassement ou qui étaient bénéficiaires de notre déférence, ceux et celles-là ne sont plus rien lorsque les « mains », c'est-à-dire ceux et celles qui lavent nos vieux, ceux qui « moppent » nos couloirs d’écoles ou d’hôpitaux, celles qui pitonnent nos factures à la caisse du IGA, ceux qui ramassent nos ordures devant nos portes… vous voyez de qui je parle… et vous voyez qui j’oublie? 

Ceux-là, celles-là ce sont nos mains collectives.  Dans le meilleur des cas, ces mains, sont l’objet de notre condescendance.  Combien de fois ai-je entendu : « Qu’est-ce que tu vas faire si tu vas pas à l’université ?  Un vidangeur! » dans la bouche de parents bienveillants et préoccupés du futur de leur progéniture :  Combien d’humoristes ironisent sur le mononcle qui fait des farces grasses, mais qui, tous les jours, sarcle son champs, ou répare nos chars.

Notre société a des mains.  Pour beaucoup d’entre elles, elles sont l’objet de condescendances diverses, de moqueries pas toujours sympathiques et, malheureusement, quelques fois, de mépris.  Mais plus maintenant dirait-on.

Il se trouve aujourd’hui que ces mains trouvent grâce à nos yeux.  On constate soudainement combien elles sont précieuses.  On s’avise finalement, enfin, qu’elles valent davantage… bien davantage… que le salaire minimum.  Pourrait-on dire que cette pandémie nous aura permis de prendre conscience de l’importance de nos mains ? Et cette prise de conscience durera-t-elle une fois la pandémie passée?

Il serait bien temps que nous les rétribuions de juste manière.  Il serait temps qu’hors de toute condescendance, nous rendions un égal hommage à ces hommes et à ces femmes qui créent pour nous tous un espace qui favorise l’émergence de créations artistiques, de réflexions philosophiques, de recherches scientifiques, etc…

Car c’est bien à ces mains que l’on doit, avant tout, d’avoir la possibilité d’exercer tous ces travaux de l’esprit.

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  • lundi, 25 mai 2020

    Le Parminou à la rencontre des autochtones

    Au début du mois de mars, notre codirecteur artistique Jean-François Gascon, la photographe Isabelle de Blois et l'auteure Atikamekw Véronique Hébert sont allés faire des ateliers de documentation vivante à Waskaganish dans la communauté Crie et à Pikogan, chez les Anishinabeg pour l'écriture de "Awa", une pièce sur la fierté identitaire autochtone.

 

 

 
REPORT DE LA SOIRÉE-BÉNÉFICE À L'ANNÉE 2021

Suite à l’annonce des diverses mesures émises par le Gouvernement du Québec depuis la semaine dernière, le Théâtre Parminou a pris la décision d’annuler sa 27e soirée-bénéfice qui devait avoir lieu le 7 avril prochain, au Cabaret Guy-Aubert.


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